Le permis de conduire à l’épreuve de la réforme
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Quand un candidat échoue à l’épreuve pratique du permis de conduire, c’est dans 94 % des cas pour avoir commis une erreur éliminatoire. 🤕 Ces proportions interrogent et ont donné lieu à la création par la Sécurité routière de groupes de travail afin d’y voir plus clair.
Car si la directive européenne traitant du sujet est formelle (toute mise en cause de la sécurité du véhicule d’examen doit être sanctionnée par un échec), la France, en définissant sur les tablettes des inspecteurs 11 situations éliminatoires, a peut-être surtransposé. Et en partie dessaisi les examinateurs de leur capacité à porter une appréciation globale sur la prestation des candidats. [1]
Il n’est pas exclu qu’au terme de ces travaux l’examen pratique devienne un peu plus accessible. 😎 Mais cela pose, dans tous les cas, une question : est-ce que la difficulté de l’épreuve a de réelles incidences sur la sécurité routières ?
Pour y répondre, transportons-nous au Québec et à l’année 1991. Soit le moment où est entré en vigueur un nouveau format du permis (allongement du nombre minimal d’heures de conduite, instauration du permis probatoire). Une équipe de chercheurs a alors voulu suivre pendant un an deux groupes : le premier, constitué de personnes ayant eu le permis ancienne version, et le second, l’ayant obtenu après la réforme. Le but était de voir si le second groupe était impliqué dans moins d’accidents. Et la réponse est non… [2]
Dans une autre étude, menée dans l’Ohio en 2023, les chercheurs se sont cette fois demandé si l’habileté au volant des nouveaux conducteurs était ou non prédictive de leur taux d’accident. Et ici, la réponse est oui. 👍 Au moment de l’examen du permis, les candidats ont été soumis à un test d’évaluation de la conduite sur simulateur. Le groupe le plus performant à ce test a connu par la suite 10 % d’accidents de moins que la moyenne. [3]
En croisant ces deux études, on se sent poussé vers les conclusions suivantes : les compétences des jeunes conducteurs jouent sur la sinistralité, mais le degré d’exigence du permis n’améliore pas forcément ces compétences.
Aux États-Unis, où l’on peut conduire dès 16 ans, les chiffres montrent que la population la plus jeune est de loin la plus exposée aux accidents. Ce, en raison à la fois de son inexpérience et de son rapport au risque. 🚧 Les statistiques s’améliorent lorsque les conducteurs atteignent leur vingtième année. [4]
Pour acquérir de l’expérience avant le permis, deux solutions : la conduite accompagnée ou un allongement de la formation en auto-école. En Espagne, par exemple, où l’examen est hyper-sélectif (27 % de réussite du premier coup, contre 57 % en France), la plupart des candidats se retrouvent de fait à multiplier les heures d’auto-école.
Quant à la question du risque, la Belgique et le Royaume-Uni ont ajouté à leur épreuve pratique un test de perception du danger, avec des effets qui semblent probants. [5]
Dans tous les cas, réformer le permis de conduire revient à opérer un arbitrage délicat. 🤹 Plus l’obtention est longue et coûteuse, plus cela limite la mobilité et incite à conduire sans en avoir le droit. La sécurité, toute précieuse qu’elle soit, ne saurait être érigée en absolu : l’exercice de notre liberté de déplacement comportera toujours sa part de risque…
Sources :
2. erudit.org
4. iihs.org


