Automobile : la fin du toujours plus ?
- il y a 2 jours
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Dans le flot des informations que nous voyons défiler, il y en a parfois une qui, sans trop payer de mine, vous arrête et vous persuade, à mesure que vous y repensez, qu’il s’agit de quelque chose d’important.
La dernière fois que j’ai eu une telle impression, ce fut en découvrant les déclarations d’Olivier François, dirigeant de Fiat. [1] Rien d’extraordinaire à première vue, juste l’idée d’un bridage des citadines à 118 km/h.
Sa réflexion consiste à interroger les rapports entre vitesse, sécurité et prix de vente. Les équipements de sécurité et d’aide à la conduite sont taillés pour les plus grands excès de vitesse dont nos voitures soient capables et ils coûtent cher. Intervenir sur la vitesse du véhicule, c’est donc maintenir les mêmes exigences sans s’appuyer sur la technologie.
Cette façon de poser le problème et d’y répondre sonne comme un changement de paradigme. L’automobile, en effet, a depuis ses débuts fait sienne une logique de la performance – celle, également, de l’olympisme, né dans les mêmes années. Le plus vite, plus loin, plus fort (et plus gros, ajouterait-on, pour la période récente) a orienté l’innovation et justifié son coût auprès du consommateur.
Or l’évolution des sociétés a mis en tension cette logique avec d’autres enjeux. Aujourd’hui, l’innovation continue d’être inflationniste mais, orientée vers la sécurité et la sobriété, elle se heurte a deux obstacles : la solvabilité des ménages et son acceptation, comme utile et désirable. Les aides à la conduite sont perçues à la fois comme invasives (si bien que les constructeurs rassurent leurs clients en aménageant un bouton central pour les désactiver toutes !) [2] ou comme de nouveaux facteurs de risque (voir notre post sur les freinages fantômes). Pour le reste, nos voitures, plus sûres et plus sobres, nous procurent des expériences de conduite toujours plus assommantes.
L’originalité de Fiat est justement de dire : on voit bien que ça coince, et on est résolus à assumer une baisse des performances de nos voitures. A ma connaissance, aucun constructeur majeur n’avait encore exploré pareille piste.
Un parallèle peut par contre être tracé avec le secteur aérien, qui a réduit drastiquement la vitesse de ses vols depuis les années 70. Baisser les frais de carburant et le prix des billets était la condition de la massification.
Le mérite de Fiat, c’est aussi de prendre à bras le corps le sujet du prix de la sécurité. La sécurité ressemble à un banquet où tout le monde est convié : automobilistes, assureurs, constructeurs, pouvoirs publics. On voit se succéder des plats de plus en plus raffinés… le seul ennui est que l’on ne sait jamais très bien qui va payer et pour quoi.
Si par exemple l’accidentalité baisse, les frais de santé diminuent. Mais il coûte aussi plus cher d’acheter et de réparer un véhicule, au risque de plomber les ventes.
118 km/h, soit quelques minutes de perdues sur quelques trajets, ce pourrait après tout être un moyen assez indolore de régler sa part de la note…
Sources :
2. lefigaro.fr


